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mercredi 31 janvier 2024

Le plan \mathbb R^2 (1) : Points, vecteurs et droites

 Le but de cette série d'articles est de revoir la géométrie du plan de niveau collège/lycée en considérant les points comme des couples de rééls. Nous y reverrons les axiomes et les propriétés de la géométrie euclidienne en les démontrant. 


Dans ce premier article, nous définissons le plan comme l'ensemble des couples (x,y)\in\mathbb R^2=\mathbb R \times \mathbb R. Ensuite, nous définissons les droites et les vecteurs.


Les points


Le plan est l'ensemble \mathbb R \times \mathbb R et ses éléments sont appelés les points. Les points M sont donc les couples (x;y) avec x,y réels.


On note M=(x;y) ou M\ (x;y) et l'on dit que x et y sont respectivement l'abscisse et l'ordonnée de M.

Par exemple, sur la figure ci-dessous, le point on représente le point A de coordonnées (1;3).



 Vecteurs et représentation paramétriques


Un vecteur \overrightarrow u est un couple \binom{a}{b}a,b sont des nombres réels. 

Les vecteurs sont, comme les points, des éléments de \mathbb R^2, mais nous devons nous les représenter de manière différente. On dit que a,b sont les coordonnées de \overrightarrow u et l'on note alors \overrightarrow u\ \binom a b.



Par exemple, sont représentés ci-dessous le vecteur \overrightarrow u (deux représentants) de coordonnées \binom {-1} 3 et le vecteur  \overrightarrow w de coordonnées \binom 4 -1






Pour un vecteur \overrightarrow u, on note ses coordonnées \binom{x_{\overrightarrow u}}{y_{\overrightarrow u}}.


Un vecteur peut être représenté visuellement comme une flèche, c'est-à-dire un objet ayant une direction, un sens et une longueur (nous y reviendrons dans un prochain article). Un vecteur peut être représenté de différentes manières comme on peut le voir sur la figure précédente.


On définit sur \mathbb R^2 l'opération + de la manière suivante. Pour tout \overrightarrow u \ \binom a b et \overrightarrow w \ \binom c d

\overrightarrow u + \overrightarrow w\ \binom{a+c}{b+d}



On laisse au lecteur le soin de vérifier que l'addition est associative et commutative. De plus le vecteur nul défini par \overrightarrow 0\ \binom 0 0 est l'unique élément neutre de \mathbb R^2 en tant qu'espace vectoriel (espace de vecteurs). 


On définit sur l'espace des vecteurs \mathbb R^2 la multiplication par les scalaires, c'est-à-dire la multiplication par un élément externe réel. Soit k\in\mathbb R et \overrightarrow u \ \binom a b , on note k \overrightarrow u \ \binom {ka} {kb}



La multiplication par les scalaires se "comporte bien" avec l'addition dans le sens où elle est distributive par rapport à l'addition. Cela se traduit par les deux faits suivants :


Pour tous k\in\mathbb R, \overrightarrow u,\overrightarrow v\in\mathbb R^2 : k(\overrightarrow u + \overrightarrow v)=k\overrightarrow u + k\overrightarrow v


Pour tous k,t\in \mathbb R, \overrightarrow u\in \mathbb R^2 : (k+t)\overrightarrow u=k\overrightarrow u + t\overrightarrow u


Ainsi muni de + et de la multiplication par les scalaires, on dit que  \mathbb R^2 est un espace vectoriel.


Si A \left(x_A;y_A\right),B \left(x_B;y_B\right) sont deux points, alors on définit le vecteur \overrightarrow{AB}\ \binom{x_B-x_A}{y_B-y_A}. On le représente comme ci-dessous.


Remarque. \overrightarrow{AB}=-\overrightarrow{BA}.


Propriété 0 (Relation de Chasles). 

Si A,B,C sont trois points, on a \overrightarrow{AC}=\overrightarrow{AB}+\overrightarrow{BC}.



Preuve. 

En effet x_C-x_A=x_C-x_B+x_B-x_A et y_C-y_A=y_C-y_B+y_B-y_A




Vecteurs colinéaires


On dit que deux vecteurs \overrightarrow u et \overrightarrow v sont colinéaires s'il existe un réel non nul k tel que \overrightarrow u = k \overrightarrow v.

On peut vérifier que pour les vecteurs la colinéarité est une relation d'équivalence. En particulier, c'est une relation symétrique car si \overrightarrow u = k \overrightarrow v, on a  \overrightarrow v = \frac 1 k \overrightarrow u




Droite dirigée par un vecteur


Soit A \ \left(x_A;y_A\right) un point du plan et \overrightarrow u\ \binom a b un vecteur non nul (ie tel que a et b ne soient pas tous deux nuls). Alors l'ensemble des points M\ (x;y) tels que M=A ou tels que \overrightarrow{AM} est colinéaire à \overrightarrow u est appelée une droite

On dit que c'est la droite passant par A et dirigée par \overrightarrow u . \overrightarrow u est alors appelé vecteur directeur de cette droite.



La droite passant par A et dirigée par \overrightarrow u est donc composée des points M\ (x;y) tels qu'il existe k\in \mathbb R , tels que \overrightarrow{AM}=k\overrightarrow u , puisque le cas A=M correspond au cas où k=0.


On note \mathcal D(A,\overrightarrow u) le droite passant par A et dirigée par \overrightarrow u.


Remarques. 

(1) Si  B\in \mathcal D(A,\overrightarrow u), alors \mathcal D(A,\overrightarrow u)=\mathcal D(B,\overrightarrow u)


(2) Si \overrightarrow v=\alpha \overrightarrow u avec \alpha\in \mathbb R, \alpha\neq 0 alors, \mathcal D(A,\overrightarrow u)=\mathcal D(A,\overrightarrow v).


Preuves.


(1) On a \overrightarrow{AB}=t \overrightarrow{u} pour un certain t\in\mathbb R. Si t=0, A=B donc \mathcal D(A,\overrightarrow u)=\mathcal D(B,\overrightarrow u)

Supposons t\neq 0. Si M\in \mathcal D(A,\overrightarrow u), alors il existe k\in \mathbb R tel que 

\overrightarrow{AM}=k\overrightarrow{u}. Donc d'après la relation de Chasles, \overrightarrow{BM}=\overrightarrow{BA}+\overrightarrow{AM}=-t\overrightarrow u+k\overrightarrow u=(k-t)\overrightarrow u, ainsi M\in  \mathcal D(B,\overrightarrow u)


On a donc l'inclusion \mathcal D(A,\overrightarrow u) \subset \mathcal D(B,\overrightarrow u)


De la même façon, comme \overrightarrow{BA}=-t \overrightarrow{u}, on montre que si M\in D(B,\overrightarrow u), alors M\in D(A,\overrightarrow u)


D'où \mathcal D(B,\overrightarrow u) \subset \mathcal D(A,\overrightarrow u).


Pour finir,  \mathcal D(B,\overrightarrow u) = \mathcal D(A,\overrightarrow u)


(2) En effet si \overrightarrow{AM}=k\overrightarrow v et que v=\alpha \overrightarrow u, alors \overrightarrow{AM}=k\alpha \overrightarrow u . Donc \mathcal D(A,\overrightarrow v)\subset \mathcal D(A,\overrightarrow u) . Comme \overrightarrow u = \frac 1 \alpha \overrightarrow v, on obtient de même que \mathcal D(A,\overrightarrow u)\subset \mathcal D(A,\overrightarrow v) .

On a donc la double inclusion. 

 



Ainsi M(x;y)\in \mathcal D(A,\overrightarrow u) \Longleftrightarrow \left\{\begin{array}{ccc} x-x_A & =&k x_{\overrightarrow u}\\ y-y_A & =& k  y_{\overrightarrow u}  \end{array}\right. avec k\in\mathbb R


Et donc 


M(x;y)\in \mathcal D(A,\overrightarrow u) \Longleftrightarrow\exists k\in\mathbb R, \ \left\{\begin{array}{ccc} x & =&x_A+k x_{\overrightarrow u}\\ y & =&y_A+ k  y_{\overrightarrow u}  \end{array}\right. 

C'est une représentation paramétrique de paramètre k de la droite $\mathcal D(A,\overrightarrow u)$.



Propriété 1. 

Si A,B sont deux points distincts, alors il existe une unique droite passant par A et B. On note cette droite (AB).




Démonstration. 

On considère la droite \mathcal D passant par A et dirigée par \overrightarrow{AB}. Clairement B\in\mathcal D car \overrightarrow {AB}= 1 \overrightarrow{AB}


Supposons que \mathcal D' est une droite passant par A et par B. Montrons que \mathcal D' est \mathcal D. Comme A\in\mathcal{D'}, d'après la remarque (1) précédente, on peut supposer que  tel que \mathcal D'=\mathcal D(A,\overrightarrow u) pour un certain vecteur \overrightarrow u. Comme B\in\mathcal D', \overrightarrow{AB}=k\overrightarrow u pour un certain k\in \mathbb R. Comme A\neq B, k\neq 0, et d'après la remarque 2 précédente, \mathcal D'=\mathcal D(A;\overrightarrow{AB})=\mathcal D.



Propriété 2. 

Pour toute droite \mathcal D, il existe des réels a,b,c avec a,b non tous deux nuls tels que ax+by+c=0. Plus précisément, si \overrightarrow u dirige \mathcal D, on peut prendre a=-x_{\overrightarrow u} et b=y_{\overrightarrow u}.


Démonstration. 

Notons a=-y_{\overrightarrow u} et b=x_{\overrightarrow u}. Soit A\in \mathcal D. Choisissons c de sorte que ax_A+by_A+c=0, c'est-à-dire tel que c=y_{\overrightarrow u}x_A-x_{\overrightarrow u}y_A.


Soit M\ (x;y) un point de \mathcal{D}. Alors il existe k\in \mathbb R tel que \left\{\begin{array}{ccc} x & =&x_A+k x_{\overrightarrow u}\\ y & =&y_A+ k  y_{\overrightarrow u}  \end{array}\right.

On a 

ax+by+c=-y_{\overrightarrow u}\left(x_A+k x_{\overrightarrow u} \right)+x_{\overrightarrow u}\left(y_A+ k  y_{\overrightarrow u} \right)+y_{\overrightarrow u}x_A-x_{\overrightarrow u}y_A=0

Donc tous les points de \mathcal D vérifient ax+by+c=0.



Propriété 3. 

Tout ensemble de points M dont les coordonnées (x;y) vérifient une équation de la forme ax+by+c=0 pour des réels a,b,c avec a,b non tous deux nuls, est une droite.


Démonstration. 

Plusieurs cas sont à étudier.

Si a=0, alors la relation est by+c avec b\neq 0. Cette relation est donc équivalente à 

(0) \ \ \ \ y=-\frac c b

Prenons A\ \left(0;-\frac c b \right) et B\ \left(1;-\frac{c}{b} \right). Ce sont deux points dont les coordonnées vérifient l'équation. Notons \mathcal D La droite de vecteur directeur \overrightarrow {AB} de coordonnées \binom 1 0, et montrons que l'ensemble des points M\ (x;y) vérifiant (0) est la droite \mathcal D

Si M vérifie (0), alors M\ \left(x;-\frac c b\right), et \overrightarrow{AM} a pour coordonnées \binom x 0 donc \overrightarrow{AM}=x\overrightarrow u ce qui prouve que M\in \mathcal D

Réciproquement, si M\ (x;y)\mathcal D, alors \overrightarrow{AM}=k\overrightarrow u pour un certain réel k. Comme \overrightarrow{AM} a pour coordonnées \binom{x}{y+\frac c b} et que k\overrightarrow u a pour coordonnées \binom{k}{0}, on en déduit que k=x et que y=-\frac{c}{b}. Ainsi (x;y) vérifie (0).


De la même façon, si b=0, les coordonnées (x;y) du point M vérifient 

ax+by+c=0 si et seulement s'ils vérifient

(0') \ \ \ \ x=-\frac c a

De manière similaire au cas où a=0, on montre que (x;y) vérifient (0') si et seulement si ce sont les points de la droite \mathcal D passant par les points A\ \left(-\frac c a;0 \right) et B\ \left( -\frac c a;1\right)


Supposons maintenant que a\neq 0 et que b\neq 0. M\ (x;y) est tel que ax+by+c=0 si et seulement si \frac{a}{b}x+y+\frac{c}{b}=0 c'est-à-dire si et seulement si 


(1)\ \ \ \ y=-\frac{a}{b}x-\frac{c}{b}


Notons A et B les points de coordonnées respectives \left(0;-\frac c b \right) et \left(1;-\frac {a+c} b \right). Ce sont des points dont les coordonnées vérifient (1)

Nous allons montrer que la droite (AB) est l'ensemble des points dont les coordonnées (x;y) vérifient (1).


Si M\in(AB) a pour coordonnées (x;y), alors il existe k\in \mathbb R tel que \overrightarrow{AM}=k\overrightarrow{AB}. Ainsi en identifiant les coordonnées des vecteurs, on a x=k et y+\frac c b=-\frac a b. Cette dernière égalité impliquant (1)


Réciproquement si le coordonnées (x;y) de M vérifient (1), alors M\ \left(x;-\frac{a}{b}x-\frac{c}{b}\right), d'où \overrightarrow{AM}\ \binom{x}{-\frac{a}{b}x}  et \overrightarrow{AB}\ \binom{1}{-\frac a b}   d'où \overrightarrow{AM}=x\overrightarrow{AB}. Donc M\in (AB).


Définition. Pour une droite \mathcal D caractérisée une relation de la forme, 

ax+by+c=0

On dit que cette relation est une équation cartésienne de \mathcal D.



Dans la preuve de la propriété précédente, on a vu que : 


  • Si a=0, la droite d'équation cartésienne ax+by+c=0 a pour vecteur directeur \overrightarrow u\ \binom{1}{0}.
  • Si b=0, la droite d'équation cartésienne ax+by+c=0 a pour vecteur directeur \overrightarrow u\ \binom{0}{1}
  • Si a\neq 0 et b\neq 0, la droite d'équation cartésienne ax+by+c=0 a pour vecteur directeur \overrightarrow u\ \binom{1}{-\frac a b}.


Dans tous les cas le vecteur \overrightarrow v\ \binom{-b}{a} est un vecteur non-nul colinéaire à \overrightarrow u. C'est donc un vecteur directeur de la droite. 


Nous avons donc la propriété très utile suivante 


Propriété 4. 

La droite d'équation cartésienne 

ax+by+c=0

admet pour vecteur directeur le vecteur de coordonnées \binom{-b}{a}


Ensuite


Dans le prochain article de cette série, nous définirons le parallélisme et l'orthogonalité des droites. Pour cette dernière définition nous aurons besoin d'introduire le produit scalaire.

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