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jeudi 28 septembre 2023

Permutations de l'ensemble à $n$ éléments (2) : décomposition d'une permutations en cycles à supports disjoints et en produit de transpositions

 Cet article fait suite à 

Dans (1), nous avons défini le groupe symétrique $\mathfrak S_n $ et vu quelques propriétés concernant les permutations de l'ensemble $E_n=\left\{1,2,\ldots,n\right\} $ qui le composent. Nous avons défini les cycles et les transpositions. Ce sont les éléments générateurs de $\mathfrak S_n $ dans le sens où toute permutation s'écrit comme un produit de cycles. 

Nous verrons dans cet article que 

  • chaque permutation peut se décomposer en produit de cycles de supports disjoints, et nous verons un algorithme permettant de décomposer une permutation en un tel produit
  • chaque permutation peut se décomposer en produit de transpositions

Support d'une permutation

On appelle support d'un cycle $c$ élément de $\mathfrak{S_n} $, l'ensemble des éléments de $E_n $ qui ne sont pas égaux à leur image par $c$.


Autrement dit, si $c=(\begin{array}{ccccc} a_1 & a_2 & \ldots & a_{k-1} & a_k \end{array}) $, le support de $c$ est $S(c)=\left\{a_1,a_2,\ldots,a_k \right\} $.

Plus généralement, le support d'une permutation $\sigma\in\mathfrak{S_n} $ est défini comme étant l'ensemble des $x\in E_n $, tels que $\sigma(x)\neq x $.

Remarques. 
(1) Le support d'une permutation, s'il n'est pas vide, contient au moins deux éléments. En effet si $x\in S(\sigma)$, alors $s(x)\neq x $. Alors $\sigma(x)\in S(\sigma)$ aussi car sinon, on aurait $\sigma(x)=\sigma(\sigma(x)) $, d'où en appliquant $\sigma^{-1}$, $x=\sigma(x)$ ce qui contredirait $x\in S(\sigma) $.  

(2) Par définition $S(\sigma)=\emptyset $ si et seulement si $\sigma$ est l'identité.  

Propriété 1. 
 Si pour un certain entier $r\geq 2$, $\sigma=\sigma_1 \cdot \sigma_2 \cdot \ldots \sigma_r $ est un produit de $r$ permutations à supports deux à deux disjoints, alors le support de $\sigma $ est la réunion des supports de $\sigma_1,\sigma_2,\ldots,\sigma_r $.

Démonstration.
 Notons $S=S(\sigma)$, et pour tout $i$, $S_i=S\left(\sigma_i\right) $. 


Si $x\in S_1$, alors $\sigma_1(x)\neq x $. Par définition, $\sigma_1(x)\in S_1 $ donc $\sigma_1(x)\not\in S_2 $ et $\sigma_2 \cdot \sigma_1(x)=\sigma_1(x)\neq x$ donc $x\in S$. 

Si $x\in S_2$, alors $x\not\in S_1 $, donc $\sigma_1(x)=x $. Ainsi $\sigma_2\cdot \sigma_1 (x)=\sigma_2(x)\neq x $ car $x\in S_2 $. Donc $x\in S $.

On en déduit que $S_1\cup S_2 \subset S $.

Réciproquement, si $x\not\in (S_1\cup S_2) $, alors $x$ n'est ni dans le support de $\sigma_1 $ ni dans celui de $\sigma_2 $ et $\sigma(x)=\sigma_2\cdot\sigma_1(x)=\sigma_2(x)=x $ donc $x\not\in S $. On en deduit que $S\subset S_1\cup S_2 $.

Le cas particulier $r=2$ est donc démontré.

Supposons la propriété vraie pour un certain $r$, et soit $\sigma=\sigma_1 \cdot \sigma_2 \cdot \ldots \sigma_r\cdot \sigma_{r+1} $. 

Nous avons $\sigma=\sigma'\cdot \sigma_{r+1} $, avec $\sigma'=\sigma_1 \cdot \sigma_2 \cdot \ldots \sigma_r $. Notons $S'=S(\sigma') $.

Par hypothèse de récurrence, $S'=\cup_{i=1}^r S_i $. D'après le cas $r=2$, on a aussi $S=S'\cup S_{r+1} $.

Donc $S=\bigcup_{i=1}^{r+1} S_i $ ce qui termine la démonstration.

Propriété 2. (commutativité des permutations à supports disjoints)

 Soient $\sigma, \sigma'\in\mathfrak S_n$ deux permutations dont les supports sont disjoints. 
 
 Alors $\sigma\cdot \sigma'=\sigma'\cdot\sigma $.

Démostration. 
Notons $S$ et $S'$ les supports respectifs de $\sigma$ et $\sigma ' $. 

Soit $x\in E_n$.

Si $x\in S $, alors $\sigma'(x)=x $ car $S\cap S'=\emptyset$, donc $\sigma\cdot \sigma'(x)=\sigma(x) $. Comme $x\in S $, nous avons $\sigma(x)\in S$ (voir le point (1) de la remarque plus haut). Donc $x\not\in S' $ et $\sigma'(x)=x $ d'où $\sigma'\cdot\sigma(x)=\sigma(x)$. 

De même si $x\in S' $, on a $\sigma\cdot \sigma'(x)=\sigma\cdot \sigma'(x)=\sigma'(x) $.

Enfin si $x$ n'est ni dans $S$ ni dans $S'$, nous avons $\sigma\cdot \sigma'(x)=\sigma(x)=x=\sigma'(x)=\sigma'(\sigma(x))=\sigma'\cdot\sigma(x) $.

Pour tout $x\in E_n$, $\sigma\cdot \sigma'(x)=\sigma'\cdot\sigma(x) $, donc $\sigma\cdot \sigma'=\sigma'\cdot \sigma$. 


Décomposition d'une permutation en produit de cycles de supports disjoints

Propriété 3. 
Soit $\sigma$ une permutation de $\mathfrak S_n $ différente de l'identité. 

Alors il existe un entier $r$ strictement positif, et $r$ cycles dont les supports sont disjoints deux à deux $\gamma_1,\ldots,\gamma_r $ tels que 
$$\sigma=\gamma_r\cdot \ldots \cdot \gamma_1 $$ 

Nous allons comme annoncé précédemment donner une démonstration algorithmique qui permettra de calculer à la main (ou à l'aide d'un programme) les cycles à support disjoints dans la décomposition d'une permutation.

Commeçons par un lemme.

Lemme. 
Soit $\sigma\in\mathfrak S_n $ différent de l'identité.

Si $\sigma(x)\neq x $, alors il existe un plus petit entier $k$ tel que $\sigma^k(x)=x$. 

Preuve du lemme.
Un tel $k$ existe car les $\sigma^i(x)$ pour $1\leq i \leq n $ forment un sous-ensemble de $E_n$. 
Ce sous-ensemble contient au plus $n$ éléments, et si $m$ est le nombre d'élément de cet ensemble, alors $k=m-1$. En effet cela signifie que $x,\sigma(x),\ldots,\sigma^k(x) $ sont distincts et que $\sigma^{k+1}(x) $ est dans $\left\{x,\sigma(x),\ldots,\sigma^k(x)  \right\} $. 
Autrement dit, $\sigma^{k+1}(x)=\sigma^i(x) $ pour un certain $i$ ($1\leq i \leq k$). 
D'où, $\sigma^{k+1-i}(x)=x $. 
Si $i\geq 1$, alors $k+1-i<k+1 $ ce qui contredit la minimalité de $k$.

Démonstration de la propriété 3.

 Soit pour un entier $n\geq 2 $ donné, $\sigma \in \mathfrak S_n$ une permutation. 

Nous allons faire une récurrence pour montrer la propriété suivante pour tout entier $m$ tel que  $n\geq m\geq 2 $ :

 
$\mathcal P_m\  : \  \forall \sigma \in \mathfrak S_n $ dont le support contient au plus $m$ éléments, et tel que $\sigma\neq \textrm{id}$,  $\exists c_1,\ldots,c_r\in\mathfrak S_n$  à supports 2 à 2 disjoints tels que  $\sigma=c_r\cdot\ldots\cdot c_1 $ 
 


Supposons pour un certain entier naturel $m$, la propriété $\mathcal P_m$ et montrons $\mathcal P_{m+1}$. 

Soit $\sigma\in \mathfrak{S}_{n}$ une permutation de $E_{n}$. On note $m$ le nombre d'éléments du support de $\sigma $. 

Commençons par le cas $m=2$. Ce cas correspond au cas où $\sigma$ est une transposition $\left(\begin{array}{cc} a & b \end{array}\right )$ car exactement deux éléments sont changés par $\sigma$. Dans ce cas $\sigma$ est déjà un cycle et on a bien $\mathcal P_2 $.

Supposons pour un certain $m\geq 2$ : $\mathcal P_m $.

Comme $\sigma\neq\textrm{id} $, le support $S$ de $\sigma $ contient au moins 2 éléments. Soit $x\in S$. Par définition $\sigma(x)\neq x$. 


On construit le cycle  
$$c=\left(\begin{array}{ccccc} x & \sigma(x) & \ldots & \sigma^{k-1}(x) & \sigma^{k}(x) \end{array}\right ) $$ 
où $k$ est le plus petit entier tel que $\sigma^k(x)=x $ (voir lemme).


Le support de $c$ contient $k$ éléments avec $k\geq 2$. En effet, $c(x)$ est aussi un élément du support de $x$. 
Soit $\sigma'=\sigma\cdot c^{-1} $, et notons $S'$ son support. 

Remarquons tout d'abord que $c^{-1} $ est le cycle 

$$c^{-1}=\left(\begin{array}{ccccc} \sigma^k(x) & \sigma^{k-1}(x) & \ldots & \sigma(x) & x \end{array}\right ) $$

Il a le même support que $c$ : $$S\left(c^{-1}\right)=S(c)=\left\{\sigma^{i}(x),\ 0\leq i \leq k \right\}$$

On a par construction, $\sigma=\sigma'\cdot c $. Or $\sigma' $ et $c$ ont des supports disjoints. En effet si $y\not \in S(c)$, alors $\sigma(y)=\sigma'\cdot c^{-1}\cdot c(y)=\sigma'(y) $, et puisque  $y\neq \sigma(y)=\sigma'(y) $, donc $y\in S'$. Ainsi $S(c)\cap S'=\emptyset$.

Utilisons maintenant notre hypothèse de récurrence pour $\sigma'$ dont le nombre d'éléments du support est strictement inférieur à $m $, le nombre d'éléments du support de $\sigma $. On a ainsi une décomposition de $\sigma' $ en produit de cycles $(c_i)$ de supports 2 à 2 disjoints : $$\sigma' = c_r\cdot \ldots\cdot c_1 $$

D'après la propriété précédente,
$$\bigcup_{i=1}^r S(c_i)=S(c')=S' $$

Ainsi chaque $S(c_i)$ est inclus dans $S'$ et est par conséquent disjoints de $S(c)$$

On obtient donc une décomposition de $\sigma$ en produit de cycles de supports disjoints

$$\sigma = c_r\cdot \ldots\cdot c_1 \cdot c  $$

Ceci achève notre récurrence.



La démonstration précédente nous permet d'obtenir l'algorithme qui suit.

Algorithme de décomposition d'une permutation $\sigma $ en produit de cycles disjoints :
  • (0) On pose $r=0$ et $S_0=S(\sigma)$.
  • (1) Tant que $S_r$ n'est pas vide, on note $x$ le plus petit élément de $S_r$
    • (a) $r$ augmente de 1
    • (b) Soit $k_r$ le plus petit entier tel que $\sigma^{k_r}(x)=x$. On note $\gamma_r=\left(\begin{array}{ccccc} x & \sigma(x) & \ldots & \sigma^{k_r-1}(x) & \sigma^{k_r}(x) \end{array}\right ) $
    • (c) On note $S_r=S_{r-1}\setminus S(\gamma_r)$
  • (2) On a la décomposition en cycles à supports disjoints : 
    $$\sigma= \gamma_r\cdot \ldots \cdot \gamma_1$$
Exemple. 
Par exemple considérons la permutation 
$$\sigma =\left(\begin{array}{ccccccc} 1 & 2 & 3 & 4 & 5 & 6 & 7 \\ 1 & 4 & 6 & 5 & 7 & 3 & 2 \end{array} \right)  $$

Le support de $\sigma $ est 
$$S_0=\left\{ 2, 3, 4, 5, 6, 7, \right\} $$
car seul $1$ est fixé par $\sigma $.

Le plus petit élément de $S_0$ est $2$. On a $\sigma(2)=4 $, $\sigma(4)=5 $, $\sigma(5)=7 $ et $\sigma(7)=2 $. Cela nous donne un cycle 
$c_1=\left(\begin{array}{cccc} 2& 4 & 5 & 7 \end{array}\right) $


Maintenant retirons des éléments de $S_0$ les éléments du support de $c_1$. On obtient l'ensemble $S_1=\left\{ 3, 6 \right\} $ dont le plus petit élément est $3$. On a $\sigma(3)=6 $ et $\sigma(6)=3 $. Cela nous donne un cycle $c_2=\left(\begin{array}{cc} 3& 6 \end{array}\right) $ 
 
L'ensemble $S_1$ privé des éléments du support de $c_1$ étant vide, on en déduit que $\sigma = c_2\cdot c_1 $. 

Dans un article ultérieur, je présenterai un code python permettant d'effectuer ce travail.

Décomposition d'une permutation en produit de transpositions

Propriété 4.
Soit $\sigma$ une permutation de $\mathfrak S_n $ différente de l'identité. 

Alors il existe un entier $r$ strictement positif, et $r$ transpositions $\tau_1,\ldots,\tau_r $ tels que 
$$\sigma=\tau_r\cdot \ldots \cdot \tau_1 $$ 

Démonstration. 

(1) Supposons dans un premier temps que $\sigma $ est un cycle. 

Alors $\sigma=(\begin{array}{ccccc} a_1 & a_2 & \ldots & a_{k-1} & a_k \end{array}) $ où les $a_i $ sont des éléments de $E_n $. $k\geq 2$ car $\sigma $ n'est pas l'identité.

Si $k=2$, $\sigma$ est une transposition donc le résultat est démontré.

Supposons que pour un $k$ donné, toute cycle d'ordre $k$ se décompose en un produit de $m$ transpositions, et montrons que si un cycle est d'ordre $k+1$, il se décompose encore en cycle.

Prenons $\sigma=(\begin{array}{ccccc} a_1 & a_2 & \ldots & a_{k} & a_{k+1} \end{array}) $. Notons $\sigma'=\sigma \cdot (\begin{array}{cc} a_k & a_{k+1} \end{array})$. 

Alors 
  • $\sigma'(a_k)=\sigma(a_{k+1})=a_{1} $ 
  • $\sigma'(a_i)=\sigma(a_i)=a_{i+1} $ si $1\leq i \leq k-1$ 
  • $\sigma'(a_{k+1})=\sigma(a_k)=a_{k+1}$ 
  • $\sigma'(x)=\sigma(x)=x $ si $x\not \in\left\{a_1,\ldots,a_r \right\} $

On en déduit que $\sigma'=(\begin{array}{ccccc} a_1 & a_2 & \ldots & a_{k-1} & a_k \end{array}) $. C'est un cycle d'ordre $k$ donc d'après notre hypothèse de récurrence, il existe $m$ transpositions $t_1,\ldots,t_m $ tels que 

$$\sigma'=t_m\cdot \ldots \cdot t_1 $$

Ainsi $$\sigma=t_m\cdot \ldots \cdot t_1\cdot (\begin{array}{cc} a_k & a_{k+1} \end{array})^{-1}=c_m\cdot \ldots \cdot c_1\cdot (\begin{array}{cc} a_k & a_{k+1} \end{array}) $$

est un produit de transpositions.

On a montré par récurrence que tout cycle se décompose en un produit de transpositions.

(2) Supposons maintenant que $\sigma$ n'est pas un cycle. D'après la propriété précédente, $\sigma$ peut s'écrire 
$$\sigma = c_r\cdot \ldots \cdot c_1 $$
où $c_1,\ldots,c_r $ sont des cycles. 

En faisant une récurrence sur $r$, on obtient que $\sigma$ est bien un produit de transpositions.

Et après

Remarques. 
(1) La décomposition en transposition n'est pas unique. Par exemple : $(\begin{array}{cc} 1 & 2  \end{array})\cdot (\begin{array}{cc} 1 & 2  \end{array})\cdot (\begin{array}{cc} 1 & 2  \end{array}) = (\begin{array}{cc} 1 & 2  \end{array})$
(2) Nous verrons dans un prochain article  que la parité du nombre de transpositions dans la décomposition d'une permutation est un inavriant, c'est la signature de la permutation.


jeudi 31 août 2023

Permutations de l'ensemble à $n$ éléments (1) : Groupe symétrique $\mathfrak S_n $

 Soit $n$ un entier naturel strictement positif. 

Considérons l'ensemble $E_n=\{1,2,\ldots,n\}$

Permutations 

On dit qu'une fonction $\sigma$ de $E_n$ dans $E_n$ est une permutation de $E_n$ si $\sigma$ est une bijection.


Autrement dit : $\sigma$ est telle que pour tout $y\in E$, il existe un unique $x\in E$ tel que $\sigma(x)=y $.


On note $\mathfrak S_n $ l'ensemble des permutations de $E$. On munit $\mathfrak S_n $ de la loi de composition notée ici $\cdot $. 


Ainsi $\tau \cdot \sigma$ est définie pour tout $x\in E$ par $$\tau\cdot \sigma (x)=\tau(\sigma(x)) $$

Nous avons vu dans l'article Groupe des bijections que l'ensemble des permutations de $E_n $ forme un groupe pour l'opération $\cdot$. Le groupe $\mathfrak S_n $ est appelé le groupe symétrique.

Quelques notations

Permutations cycliques

Pour tout $n\in\mathbb N $, on note $\left(\begin{array}{cc} a & b \end{array}\right)$  la permutation de $E $ définie par :

  • $\left(\begin{array}{cc} a & b \end{array}\right)(x)=x $ si $x\not \in\left\{a,b \right\}  $
  • $(\begin{array}{cc} a & b \end{array})(a)=b $
  •  $(\begin{array}{cc} a & b \end{array})(b)=a $

Une telle permutation est appelée une transposition.

Plus généralement, si $a_1,a_2,\ldots, a_{r-1},a_r $ sont $r$ éléments de $E_n$, on note

$$(\begin{array}{ccccc} a_1 & a_2 & \ldots & a_{r-1} & a_r \end{array}) $$

la permutation $\sigma $ de $E$ définie par : 

  • $\sigma (x)=x $ si $x\not \in\left\{a_1,a_2,\ldots, a_{r-1},a_r \right\}  $
  • $\sigma(a_i)=a_{i+1} $ si $i\in\left\{1,2,\ldots,r-1 \right\}$
  • $\sigma(a_r)=a_{1} $ 
On dira que $\sigma $ ainsi définie est un cycle.

$r$ est appelé l'ordre du cycle $\sigma $. Un cycle d'ordre 2 est une transposition.

Notation matricielle d'une permutation

Si $\sigma$ est une permutation, on peut la noter sous forme matricielle : 

$$\sigma=\left(\begin{array}{ccccc} 1 & 2 & \ldots & n-1 & n\\ \sigma(1) & \sigma(2) & \ldots & \sigma(n-1) & \sigma(n) \\ \end{array}\right)$$

Exemple. 

Dans  $\mathfrak S_2 $, on a $$\left(\begin{array}{cc} 1 &2  \end{array}\right)=\left(\begin{array}{ccc} 1 & 2 & 3\\ 2 & 1 & 3 \\ \end{array}\right)$$ 


Commutativité ?

En général les permutations $E_n $ ne commutent pas, $\mathfrak S_n $ n'est pas abélien.

Par exemple, pour $n\geq 3$, on a 

$$ (\begin{array}{cc} 1 & 2 \end{array})\cdot(\begin{array}{cc} 1 & 3 \end{array})= (\begin{array}{ccc}1& 3 & 2 \end{array})$$ 

En effet, si on note $\sigma= (\begin{array}{cc} 1 & 2 \end{array})\cdot(\begin{array}{cc} 1 & 3 \end{array}) $, alors $\sigma $ effectue les transformations suivantes :

  • $1\mapsto 3 \mapsto 3$
  • $2\mapsto 2\mapsto 1$
  • $3\mapsto 1 \mapsto 2$ 

Si on note $\tau= (\begin{array}{cc} 1 & 3 \end{array})\cdot(\begin{array}{cc} 1 & 2 \end{array}) $, alors $\tau $ effectue les transformations suivantes :

  • $1\mapsto 2 \mapsto 2$
  • $2\mapsto 1\mapsto 3$
  • $3\mapsto 3 \mapsto 1$ 

On en déduit que $\tau= (\begin{array}{cc} 1 & 3 \end{array})\cdot(\begin{array}{cc} 1 & 2 \end{array})=(\begin{array}{ccc}1& 2 & 3 \end{array}) $ 


Donc $(\begin{array}{cc} 1 & 2 \end{array})\cdot(\begin{array}{cc} 1 & 3 \end{array})\neq  (\begin{array}{cc} 1 & 3 \end{array})\cdot(\begin{array}{cc} 1 & 2 \end{array})$


Propriétés de décomposition des permutations

Décomposition en cycle

Propriété 1. (Existence d'une décomposition en cycles)
Soit $\sigma$ une permutation de $\mathfrak S_n $ différente de l'identité. 

Alors il existe un entier $r$ strictement positif, et $r$ cycles $\gamma_1,\ldots,\gamma_r $ tels que 
$$\sigma=\gamma_r\cdot \ldots \cdot \gamma_1 $$
 


Démonstration.
On peut faire une récurrence sur $n$, pour $n\geq 2$.

Dans $\mathfrak S_2 $, il y a exactement deux permutations : $\textrm{id}$ et $\left(\begin{array}{cc} 1 & 2 \end{array}\right)$.

Supposons que dans $\mathfrak S_n $, chaque élément s'écrit comme un produit de cycles. Pour montrer le résultat, il suffit de montrer que cela implique que chaque élément de $\mathfrak S_{n+1} $ s'écrit comme un produit de cycles.

Soit $\sigma $ une permutation de $E_{n+1}$. 

Deux cas sont possibles :

  • (cas 1). Si $\sigma(n+1)=n+1 $, alors la restriction $\sigma' $ en tant que fonction de $\sigma $ aux $n$ premiers entiers naturel donne une permutation de $E_n$. En effet, l'injectivité de $\sigma' $ provient de cellle de $\sigma $. 

    Pour la surjectivité, soit un quelconque $y\in E_n $, montrons que $y$ possède un antécédent par $\sigma $. Comme $E_n\subset E_{n+1} $, il existe par surjectivité de $\sigma $, $x\in E_{n+1}$ tel que $\sigma(x)=y $. Mais $x\neq n+1 $ car l'image de $n+1$ par $\sigma $ est $n+1$. Par conséquent, $\sigma'(x)=y$, ce qui prouve que $y$ a un antécédent par $\sigma' $. $\sigma' $ est donc une permutation de $E_n $.  

    Dans ce cas, d'après notre hypothèse de récurrence, on peut écrire :
    $$\sigma'=c_s\cdot c_{s-1}\cdot\ldots\cdot c_1 $$
    où $c_1,\ldots,c_s $ sont de cycles appartenant à $\mathfrak S_n $.

    On peut prologer les $c_i$ en tant que fonction sur $E_{n+1}$, on pose pour cela : $\gamma_i(x)=c_i(x) $ si $x\in E_n $
    $\gamma_i(n+1)=\gamma(n+1) $

    Les $c_i $ étant des cycles de $\mathfrak S_n $, les $\gamma_i $ sont des cycles de  $\mathfrak S_{n+1} $. 

    De plus on a
    $$\sigma=\gamma_s\cdot \gamma_{s-1}\cdot\ldots\cdot \gamma_1 $$
    En effet, on voit facilement, avec une récurrence sur $s$, que si $x\in E_n $,
    $$\gamma_s\cdot \gamma_{s-1}\cdot\ldots\cdot \gamma_1(x)=c_s\cdot c_{s-1}\cdot\ldots\cdot c_1(x)=\sigma'(x)=\sigma(x) $$

  • (cas 2). Maintenant si $\sigma(n+1)\neq n+1 $. Notons $a=\sigma^{-1}(n+1) $ (autrement dit $\sigma(a)=n+1 $). On a nécessairement $1\leq a \leq n $.

    On note $\tau=\left(\begin{array}{cc} n+1 & a\end{array}\right)  $.

    Notons $\widetilde{\sigma}= \sigma\cdot   \tau $. On a $\widetilde{\sigma}(n+1)=\sigma\cdot   \tau(n+1)= \sigma(a)=n+1 $.

    Comme $\widetilde{\sigma} $ est une permutation, et que $\widetilde{\sigma}(n+1)=n+1 $, on est ramené au cas précédent. Donc il existe un entier naturel $s$ et $s$ cycles $\gamma_1,\ldots,\gamma_s $ éléments de $\mathfrak S_{n+1} $ tels que $$\widetilde{\sigma}=\gamma_s\cdot \gamma_{s-1}\cdot\ldots\cdot \gamma_1  $$

    Comme $\widetilde{\sigma}=\sigma\cdot   \tau $, on a $\widetilde{\sigma}\cdot \tau^{-1}=\sigma$, d'où
    $$\sigma=\gamma_s\cdot \gamma_{s-1}\cdot\ldots\cdot \gamma_1\cdot   \tau^{-1} $$

    Mais $\tau^{-1}=\left(\begin{array}{cc} n+1 & a\end{array}\right) =\tau $ est aussi un cycle d'ordre 2, donc la propriété est démontrée.

A suivre 

Nous verrons dans un prochain article que la décomposition en cycles peut être réalisée avec une contrainte supplémentaire : les cycles apparaissant dans la décomposition peuvent avoir des supports 2 à 2 disjoints, c'est-à-dire ne pas agir sur les mêmes éléments de $E_n$. 

Aussi, nous verrons qu'il est possible de décomposer toute permutation en produit de transpositions. Les transpositions permettent à elles seules de générer toutes les permutations.

jeudi 6 juillet 2023

Groupes (0) : Définitions et exemples

Dans ce billet, nous introduisons les groupes à l'aide de quelques exemples simples.

Définitions

Définition 1. 

Soit $E$ un ensemble. Soit $\ast $ une application de $E\times E $ vers $E$, c'est-à-dire telle que $(x,y)\mapsto x\ast y $ avec $x\ast y\in E $.

Alors on dit que $\ast$ est une loi interne sur $E$.

Exemple 1. L'addition $+$ est une  loi interne sur $\mathbb N$ car la somme $x+y$ de deux entiers positifs ou nuls $x$ et $y$ est un entier positif ou nul.

Exemple 2. Si $\overrightarrow u$ et  $\overrightarrow v$ sont des vecteurs de l'espace, c'est-à-dire des élément de $\mathbb R^3 $, alors leur produit vectoriel $\overrightarrow u \wedge \overrightarrow v $ est un élément de $\mathbb R^3 $ défini par

$$\begin{pmatrix} u_1\\ u_2 \\ u_3  \end{pmatrix} \wedge \begin{pmatrix} v_1\\ v_2 \\ v_3 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} u_2v_3 -u_3v_2\\ u_3v_1-u_1v_3 \\ u_1v_2-u_2v_1 \end{pmatrix}$$

Le produit vectoriel $\wedge $ définit une loi interne sur $\mathbb R^3 $.

Définition 2.

Soit $G$ un ensemble sur lequel il existe une loi interne $\ast$ sur $G$. 


$(G,\ast)$ est appelé groupe si les 3 conditions suivantes sont vérifiées :


  1.  [existence de l'élément neutre] Il exite un élément $e$ dans $G$ tel que pour tout élément $g $ de $G$ : $e\ast g = g \ast e = g$. $e$ est appelé un élément neutre de $G$.
  2. [existence de l'inverse] Tout élément de $g$ posssède un inverse pour la loi $\ast $ : pour tout $g\in G$, il existe un élément $h$ tel que $gh=hg=e $
  3. [associativité] $\ast$ est une loi associative, c'est-à-dire : pour tous $g,h,k$ dans $G$, on a l'égalité $g(hk)=(gh)k $. On notera sans confusion possible $ghk$ ce produit.

    Si de plus,
  4. [commutativité] Pour tous $g,h$ dans $G$, on a $gh=hg$,

  alors on dit que $G$ est un groupe commutatif.


Remarque. Il ne peut y avoir qu'un seul élément neutre $e$ dans un groupe. 

En effet, pour tout élément neutre $e'$, on a $e'=ee' $ car $e$ est neutre et $ee'=e $ car $e'$ est neutre, donc $e=e' $. 

Exemples simples

Le groupe $\mathbb Z$

$(\mathbb N,+)$ n'est pas un groupe car à part $0$ qui est l'élément neutre, aucun élément n'a d'inverse pour l'opération $+$. Attention, ici l'inverse pour $+$ signifie l'opposé.  
L'axiome (1) et (3) sont vérifiés, mais pas l'axiome (2) donc $\mathbb N $ n'est pas un groupe.

$(\mathbb Z, +)$ est un groupe car maintenant tous les axiomes sont vérifiés. L'axiome (4) en fait un groupe commutatif.

On peut aussi regarder $\mathbb Z$ muni de la loi $\times $. $1$ est l'élément neutre pour la multiplication. Mais par exemple le nombre $2$ n'a pas d'inverse dans $\mathbb Z $ pour la multiplication : il n'existe pas d'entier relatif $a$ tel que $2a=1$. 

Donc $(\mathbb Z,\times) $ n'est pas un groupe. 


$\mathbb Q$

$\mathbb Q $ muni de la loi $+$ est un groupe commutatif.

Muni de la loi $\times$, $\mathbb Q $ n'est pas un groupe car $0$ n'a pas d'inverse.

Si l'on retire de $\mathbb Q $ le seul élément  $0$ non inversible pour $\times $, on obtient l'ensemble que l'on note souvent $\mathbb Q^\ast=\{x\in \mathbb Q | x\neq 0 \}=\mathbb Q\setminus \{0\} $. Alors $(\mathbb Q^\ast,\times) $ est un groupe commutatif.


Rotations de centre $O$

Etant donné un plan orienté et un point $O$, notons $\mathcal R_O $ l'ensemble des rotations de centre $O$.

Un élément de $\mathcal R_O $ est caractérisé par un réel $\theta $ (l'angle de la rotation), on peut le noter $r_\theta $. Ainsi $\mathcal R_O=\left\{r_\theta | \theta\in\mathbb R \right\} $.




La composée de deux rotations $r_\theta $ et $r_\phi $ est la rotation : $r_\theta\circ r_\phi=r_{\theta+\phi} $ est un élément de $\mathcal R_O $ aussi égal à $r_\phi\circ r_\theta $. $\circ $ est donc une loi interne commutative.

La rotation d'angle $0$, $r_0$ est un élément neutre pour $(\mathcal R_O,\circ) $, et tout $r_\theta $, possède un inverse $r_{-\theta} $.

Enfin l'associativité de $(\mathcal R_O,\circ) $ découle de celle de $(\mathbb R,+) $
$$(r_\psi \circ r_\phi) \circ r_\theta=r_{\psi+\phi}\circ r_\theta =r_{(\psi+\phi)+\theta}=r_{\psi+(\phi+\theta)}=r_{\psi}\circ(r_{\phi+\theta})=r_{\psi}\circ(r_{\phi}\circ r_\theta) $$

On en déduit que $(\mathcal R_O,\circ) $ est un groupe commutatif.


$\mathbb U $

Notons $\mathbb U $ l'ensemble des nombres complexes de module 1.

Alors $(\mathbb U,\times) $ est un groupe commutatif. 

Nous utiliseraons la propriété suivante.

Propriété A.

Si $z$ et $w$ sont des nombres complexes, alors $\left| zw \right|=|w| \times |z| $.


Ainsi si deux nombres ont pour module 1, alors leur produit est aussi de module 1.


 $\times  $ définit donc une loi interne sur  $\mathbb U$.

Les axiomes (1), (3) et (4) qui sont vrais sur $\mathbb C $ restent vrais sur $\mathbb U $. 


Montrons que l'axiome (2) est vérifié également. Pour commencer, tous les éléments $z$ de $\mathbb U  $ possèdent un inverse $\frac 1 z $ dans $\mathbb C $ car le module de 0 est 0 (et seul 0 n'est pas inversible pour la multiplication dans $\mathbb C $). De plus l'inverse d'un élément de module 1 est aussi de module 1. Cela provient aussi de la propriété A avec $w=\frac 1 z$, on a en effet :
$$\left| z \times \frac 1 z\right| =|z|\times  \left| \frac 1 z \right| $$
d'où $1=1\times \left| \frac 1 z \right|  $, qui donne $1= \left| \frac 1 z \right|$. 

L'inverse $\frac  1 z$ de $z$ est donc dans  $\mathbb S^1  $  si $z$ ets dans $\mathbb S^1  $.

$z$ est inversible pour la multiplication dans $\mathbb C $ si $z\neq 0$. 

On peut en déduire que $\left( \mathcal U,\times\right)$ est un groupe. C'est en fait un sous-groupe de $(\mathbb C,\times) $ (nous verrons cette notion plus tard).

 


Le groupe $GL_n$

On notera $GL_n$ l'ensemble des matrices $n\times n $ de déterminant non-nul. C'est le groupe linéaire. On pourra supposer dans cet article que les coeeficients des matrices sont rééls. (Nous parlerons donc du groupe linéaire réel).

Alors si $\cdot $ dénote le produit matriciel, $(GL_n ,\cdot) $ forme un groupe appelé groupe linéaire. Ce groupe n'est pas commutatif.

La démonstration de ce résultat se fait de manière analogue à la démonstration de l'exemple précédent sur $\mathbb S^1 $. On peut reprendre exactement la même démonstration en remplaçant le module par le déterminant. 

En effet, on a la propriété suivante :

Propriété B. 
(B1) Une matrice carrée A est inversible si son déterminant est non-nul
(B2) Si A et B sont deux matrices de tailles $n\times n $, alors 

$$\det(A\cdot B)=\det(A)\times \det(B) $$

Une conséquence directe de (B2) est que $\det\left(A\cdot A^{-1}\right)=\det(A)\times \det\left(A^{-1}\right) $.

Comme $A\cdot A^{-1}=I_n$ (la matrice identité $n\times n$), et comme $\det(I_n)=1 $, on a $\det\left(A^{-1}\right)\neq 0 $ et en particulier

$$(1)\ \ \ \frac{1}{\det A}=\det\left(A^{-1}\right)  $$

L'ensemble $O(n)=\left\{A\in GL_n  | \det(A)=1 \textrm{ou}\ -1\right\} $ est appelé groupe orthogonale. C'est un sous-groupe de $GL_n$ pour la loi $\cdot $ autrement dit un groupe inclus dans $GL_n$ (qui est lui-même un groupe pour $\cdot$). 

En effet, il suffit pour cela de vérifier que tout élément de $O(n)$ a son inverse dans $O(n)$. D'après l'égalité (1), c'est clair car 1 et -1 sont leur propres inverses.



Le groupe des bijections 

L'ensemble des bijections d'un ensemble dans lui-même est un groupe. Pour l'ensemble à $n$ élément $\left\{1,2,\ldots,n\right\}$, ce groupe est l'ensemble des permutations de $n$ éléments

Ensuite


Pour continuer la série d'articles sur les groupes, on pourra lire [(G1) : Sous-groupes (Définitions et exemples)].